C’est un public représentatif des milieux de la formation professionnelle qui s’est retrouvé à l’IFFP de Zollikofen à l’occasion de la première Journée IFFP placée sous le thème «Les écolières et les écoliers très performant-e-s dans la formation professionnelle». Le programme de la Journée prévoyait des exposés, suivis de trois ateliers permettant d’approfondir le sujet, puis d’un forum final. Le débat, enrichi par les différents points de vue des représentantes et des représentants des écoles professionnelles, des entreprises, des milieux politiques et des instances administratives de la formation, a été captivant.
Du point de vue social, le discours actuel est fortement axé sur l’intégration des écolières et des écoliers en situation d’échec. Dans ce domaine, le succès est manifeste: grâce à la mise en œuvre de diverses mesures, on constate que, depuis 25 ans, le nombre de jeunes sans formation post-obligatoire est en forte baisse. Une question se pose toutefois: pourquoi nous occupons-nous autant des jeunes à problèmes et non pas dans la même mesure des jeunes à haut potentiel? Pourtant, le principe du soutien aux personnes très performantes est légalement aussi ancré dans la nouvelle loi sur la formation professionnelle. Mais, en définitive, y a-t-il vraiment des personnes très performantes qui optent pour la filière de la formation professionnelle en tant qu’alternative à une carrière académique? Pour répondre à cette question, il est important de distinguer la notion de «jeunes très performant-e-s» de celle de «jeunes particulièrement doué-e-s» car cette dernière catégorie ne fournit pas forcément et systématiquement des prestations de haut niveau. En effet, selon les études les plus récentes réalisées par Mme le Prof. Margrit Stamm, de l’Université de Fribourg, les particulièrement doué-e-s réagissent souvent de façon particulière au sentiment d’ennui qu’elles/ils ressentent durant les études, en commettant par exemple volontairement des fautes. De ce fait, elles/ils risquent d’être considéré-e-s comme des élèves moyens, voire carrément mauvais. Il résulte donc difficile de reconnaître les particulièrement doué-e-s, ce qui explique la raison pour laquelle le soutien dont elles/ils bénéficient ne soit – du moins jusqu’à présent – que ponctuel.
Que signifie la notion d’aptitudes particulières dans la formation professionnelle et comment les particulièrement doué-e-s peuvent-elles/ils être reconnus et soutenus? Le fait est que nombre d’entre elles/eux ne choisissent par la voie académique. Seuls 36% des apprenantes et des apprenants identifié-e-s comme étant «particulièrement doué-e-s» terminent leur cursus avec une maturité professionnelle. Pourquoi en est-il ainsi? Mme le Prof. Margrit Stamm a découvert à ce propos que, au cours de la formation professionnelle initiale de quatre ans, les prestations des jeunes particulièrement doué-e-s et celles des jeunes aux aptitudes normales ont tendance à converger, ce qui revient à dire que l’avance dont bénéficient les jeunes particulièrement doué-e-s tend à se réduire en cours de formation. On peut même affirmer que les groupes formés des meilleurs éléments ne fournissent pas forcément des prestations au-dessus de la moyenne. Manifestement, le talent professionnel est fortement dépendant de facteurs tels que la motivation, la résistance au stress et le soutien apporté par l’entreprise formatrice. En conclusion de son exposé, Mme le Prof. Stamm a donc affirmé que les apprenants et les apprenantes particulièrement doué-e-s doivent être reconnus-e-s et doivent pouvoir bénéficier d’un soutien individuel leur permettant de conserver leurs aptitudes particulières.
Cette thèse a été appuyée par le Dr Beat Vonlanthen, conseiller d’Etat et directeur de l’Instruction publique du canton de Fribourg, qui constate que, de manière générale, les jeunes très performant-e-s intéressent l’économie, indépendamment des aptitudes individuelles. Le Dr Beat Vonlanthen a également fait remarquer, et sur ce point il rejoint Serge Imboden, vice-directeur de l’Office fédéral de la formation professionnelle et de la technologie OFFT, que la formation professionnelle suisse satisfait à des standards élevés en matière de qualité, standards qu’elle veut et doit encore renforcer. Le fait de reconnaître et de soutenir les particulièrement doué-e-s fait partie intégrante de ces futurs développements.
Les questions ouvertes soulevées lors des exposés du matin ont été approfondies au cours de l’après-midi dans le cadre de trois ateliers thématiques, ainsi que durant le forum final.
Au niveau du diagnostic, il existe déjà différentes méthodes permettant de définir les compétences clés, ainsi que les classes de compétences, que celles-ci soient de nature professionnelle, sociale, méthodologique ou personnelle. Des méthodes de mesure pour l’auto-évaluation, l’appréciation par des tiers et l’évaluation de groupe sont également disponibles. Les étudiantes et les étudiants de l’IFFP apprennent d’ailleurs à les connaître et à les utiliser. Si des méthodes de diagnostic sont mises en œuvre au niveau des entreprises et des écoles professionnelles; il appartient toutefois encore à la recherche de satisfaire à d’ultérieurs besoins dans le domaine du soutien.
Peu de recherches ont été menées pour déterminer les différences liées au genre chez les particulièrement doué-e-s. Si des différences devaient exister, elles se trouvent surtout dans des domaines de prestation qui sont généralement associés au genre (sciences naturelles, conception de soi physique et sociale). Chez les filles, les aptitudes particulières s’expriment d’une autre manière. Les filles font preuve d’une meilleure capacité d’adaptation que les garçons: seuls 30% des particulièrement doué-e-s reconnu-e-s sont des filles. Chez les apprenantes et les apprenants particulièrement doué-e-s, la forte différentiation des profils n’est toutefois pas uniquement spécifique au genre. Les particulièrement doué-e-s peuvent ainsi développer des personnalités à succès, des personnalités provocatrices, des personnalités effacées, des personnalités à risques, des personnalités affectées de double exception (particulièrement doué-e-s présentant des problèmes d’apprentissage ou des problèmes d’ordre émotionnel) ou enfin des personnalités autonomes.
Au cours de la discussion finale, la proposition de prévoir un Case Management pour les personnes très performantes s’est très rapidement faite jour. La planification de carrière a également été citée comme étant une mesure importante. A ce sujet, il a été jugé fondamental de développer une collaboration plus intensive entre les divers lieux de formation. Les entreprises formatrices et les écoles professionnelles doivent absolument intensifier leur coordination et accompagner les personnes en formation par le biais d’échanges permanents. En outre, les responsables de la formation professionnelle doivent pouvoir travailler de manière de plus en plus individualisée avec les groupes concernés, en mettant notamment l’accent sur une évaluation différenciée des prestations, un enseignement flexible, l’auto-évaluation et l’autocontrôle. Il a également été relevé que le surcroît d’investissement en temps nécessaire peut être compensé par l’intégration des nouveaux médias dans l’enseignement.
De l’avis général, l’ensemble de ces mesures présuppose toutefois que les concepts didactiques et pédagogiques soient repensés.
S’il devait s’avérer possible – et les participantes et les participants à la Journée IFFP sont unanimes sur ce point – de faire en sorte que la formation professionnelle puisse devenir, pour les écolières et les écoliers particulièrement doué-e-s, une alternative attractive aux écoles du degré diplôme; alors l’ensemble du système de formation professionnelle suisse y gagnerait en qualité. Il a été en outre souligné que cela contribuerait à répondre à l’intérêt des entreprises, et par conséquent de la Suisse en tant que place économique, à disposer d’une main-d’œuvre à haut niveau de prestations, susceptible, entre autres, d’écarter la menace constante des baisses d’effectifs.
Le DVD de la journée de l'IFFP peut être commandé auprès de andrea.kalsey@ehb-schweiz.ch